Après le rappel des usages pour assurer la cordialité de ce moment de convivialité par Jean François Van Campo, organisateur du PhiloCafé, la parole était donnée aux deux intervenants ayant eu la gentillesse de consacrer un peu de leur temps à nous exposer les questions que peut soulever la bioéthique au quotidien.
En introduction, le Dr Sarfaty rappelle que la société et la science avancent rapidement. C'est pourquoi en 1994, le législateur a décidé de poser un cadre et ont été ainsi promulguées les premières lois sur la bioéthique. Lois qui ont été revues en 2004 et qui vont l'être de nouveau cette année à la suite des états généraux de la bioéthique (voir http://www.etatsgenerauxdelabioethique.fr/). Les avancées considérables des connaissances médicales conjointement aux capacités d'intervention des praticiens soulèvent un grand nombre de questions, complexes et méritant réflexion : qui décide ? au nom de quoi ? Les débats les plus connus sont ceux sur l'euthanasie, l'assistance médicale à la procréation (AMP), les greffes et dons d'organe et bien évidemment la recherche sur ce qu'on appelle les produits humains (cellules souches, embryons, ...). Il est donc nécessaire et indispensable de faire cohabiter les questions scientifiques et les questions non scientifiques (religieuses, culturelles, sociétales ...).
Au niveau national un comité national d'éthique a été créé. Le CHIC 94 fait partie des premiers hôpitaux à s'être doté d'un groupe de réflexion éthique, qui se compose d'intervenants médicaux (médecins, infirmières, ...) mais aussi d'usagers de l'hôpital et de membres des différentes communautés religieuses. Le CHIC 94 a en effet la particularité d'englober une maternité de type III qui accueille des prématurés et dispose d'un service de néonatologie très réputé. Ce service a donc rapidement amené les intervenants médicaux à se poser un grand nombre de questions éthiques.
Afin de nous faire toucher du doigt les problèmes quotidiens auxquels ils peuvent être confrontés, le docteur Martel-Jacob nous expose quelques cas : par exemple en France la grossesse pour autrui (mère porteuse) est –pour le moment- illégale mais autorisé à à peine deux heures de Paris au-delà de la frontière belge. Pourquoi une telle différence ? A leur niveau que doivent alors faire les praticiens face à des couples français complètement perdus ? A titre d'exemple sur l'incidence de la religion dans le quotidien médical, le Dr Martel-Jacob raconte alors un cas pratique auquel le CHIC94 a été dernièrement confronté : le cas d'une femme enceinte atteinte d'une maladie très rare (la drépanocytose). La drépanocytose se soigne par des transfusions sanguines, or cette patiente présentait de plus la particularité socio-culturelle d'être témoin de Jéhovah et refusait donc ces soins. Ce cas épineux a soulevé bon nombre de questions au sein du service. Après une discussion à la fois en interne et avec le mari et la patiente, cette dernière tout en rédigeant une lettre de refus de soin d'un côté se faisait poser une transfusion sanguine pour la survie de son bébé.
Le personnel médical se retrouvait là pris entre le marteau et l'enclume : le devoir d'assistance à personne en danger et le devoir du respect du choix du patient. Ce genre de choix est particulièrement marqué depuis la promulgation des lois de 2002 qui modifient les liens patient / médecin. Ces lois imposent un devoir / droit de transparence du praticien face à son patient. D'un paternalisme parfois un peu trop marqué nous arrivons à des situations où le patient est abreuvé d'informations avec lesquelles il doit émettre un consentement éclairé ...
Plusieurs questions ont été posées concernant les recherches sur les cellules souches et embryonnaires qui ont été gelées en France depuis 2004. Même si le législateur a introduit quelques exceptions dans son texte permettant à « certains » laboratoires sous le contrôle de l'agence de biomédecine de continuer leurs recherches, démarche un tant soit peu hypocrite. En juin 2009, lors des états généraux de la bioéthique vont être débattues les questions relatives à ces recherches. En parallèle, il est intéressant de voir comment les USA ont traité la question : l'administration BUSH n'a pas interdit les recherches mais à tout bonnement coupé les crédits, crédits qui viennent d'être revotés par l'administration OBAMA.
La loi de manière générale est une barrière et un support. L'exemple le plus marquant est la loi Veil de 1975 sur l'IVG qui a permis d'entériner des pratiques qui étaient à risque (le support) tout en les bornant (la barrière).
Les lois sur la bioéthique en constante évolution ne dérogent pas à la règle mais comme le soulignait le Dr Sarfaty en conclusion il ne faut ni aller trop vite, ni balayer du revers de la manche les acquis d'une part de la culture médicale et des valeurs culturelles de la société dont nous faisons partie tout en absorbant intelligemment les avancées techniques et les progrès issus de la recherche.
Après presque deux heures de débat, temps était venu de libérer les lieux et de permettre à nos hôtes du Café « A tout va bien » ayant spécialement maintenu leurs portes ouvertes de baisser leurs rideaux.
Le prochain Philocafé aura lieu en novembre pour cause d'élections européennes. Cette soirée était également l'occasion d'annoncer qu'en écho à l'idée née lors du premier Philocafé (dont le sujet était le livre et la lecture), un café littéraire va être organisé par le Comité de Quartier d'Adamville, espérant que les élus présents (Mme Luciani-Boyer, maire-adjoint déléguée à l'accueil de l'enfant, à la famille et aux nouvelles technologies, M. le Pr Soussy, conseiller municipal délégué aux établissements médico-sociaux, aux personnes âgées et à la santé publique et Jacques-Nicolas DE WECK, Conseiller municipal délégué au Parc social et à l'Handicap) entendent le souhait que ce café littéraire devienne à terme un événement de la ville.
par Gaelle-Delavaquerie - Crédit Photo JFVC (Drs Martel-Jacob et Sarfaty/CHIC 94)
